... Aujourd’hui l'atelier de Robert Radford a migré vers le sud. L’exil demeure notre demeure commune, notre patrie invisible. ... Oui, l’humanité se compose bien de deux espèces, les enracinés et les autres. Robert et moi appartenons à l’autre, celle des errants. Il n’est pas fait état ici de l’accident biographique, souvent malheureux, qui conduit à vivre loin de l’endroit où l’on est né. Circonstances somme toute accessoires. Pour écrire l’Exil majuscule, il n’est même pas indispensable d’être nègre ou juif ; chacun devrait se souvenir de l’exilé qui est en lui.
... Avec lui, l’écart entre la coupe et les lèvres, entre les mots et les choses, entre la proie et son ombre. La peinture peut commencer, peinture d’un Eden fatalement perdu, d’un horizon par définition inaccessible. Peinture de l’invisible, de la songerie, de la méditation.
Nourri de la poésie de Saint-John Perse, Radford parcourt sans cesse le chemin qui va de l’Eloge à l’Exil, de la célébration à la mélancolie.
... L’Exil – espace et temps infranchissables – est un monde allégé, quintessencié. On y croise non des êtres de chair mais des créatures qui ne sont ni d’ici ni d’ailleurs, des créatures-signes qui renvoient des échos à l’infini.
La troisième dimension, Robert Radford la laisse au temps qui brouille et recompose. Il la laisse au spectateur qui s’engage dans l’aventure singulière de regarder une toile qui le regarde.
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